Léopoldville

  • Récit de plongeur

Imaginez… après environ une heure de bateau, nous attendons que le courant se calme. Alors seulement nous pouvons nous mettre à l’eau, nager jusqu’à la bouée de mouillage puis enfin entamer la descente…

Au bout d’une quarantaine de mètres de profondeur, descendus dans une eau trouble et particulaire, une ombre se dessine…  Il est là … Découvrant ses mystères, cachés au plus grand nombre. Nous faisons partie des privilégiés.

Peu à peu, nous devinons les formes de ce monstre des mers qu’était le Léopoldville. Encore une vingtaine de mètres vers le fond pour découvrir tout le flan de cet immense bâtiment. Distance parcourue le long de cette tôle d’acier froide, de ce lieu sacré.

Autrefois le plus beau fleu557ron de la compagnie Maritime Belge, il est réquisitionné à Liverpool au déclenchement de la guerre et transformé en convoyeur de troupes. Aujourd’hui, il est lieu de sépultures, condamné à n’être qu’un témoin de la folie humaine.

 

La présence de quelques bars, vieilles ou congres nous ramène à la vie. Le silence, que seule notre respiration interrompt, pèse. Distorsion du temps … Mouvements lents… Il faut pourtant rester suffisamment lucide pour ne pas s’engouffrer dans ce labyrinthe obscur.

Quelques minutes à parcourir les coursives et à découvrir l’étrave et il faut déjà mettre fin aux sensations fortes. La quantité d’air restante dans la bouteille impose un retour sans tarder.
Nous quittons l’épave, déjà tristes de n’en avoir pu découvrir qu’une petite partie. En remontant, nous nous éloignons peu à peu du navire, le laissant encore s’engouffrer dans l’obscurité.
Notre bateau nous ramène sur la terre ferme, mais notre esprit est encore à – 60 m, à 5 miles au large de Cherbourg. Quel souvenir ! Une prochaine plongée permettra sûrement de dévoiler d’autres mystères de ce géant du fond des flots.555

  • Historique

Le LEOPOLDVILLE fut le plus beau fleuron de la compagnie Maritime Belge. Il effectuera ainsi de nombreux transports mixtes, passagers et cargaison, entre son port d’attache Anvers et l’Afrique. C’est un bateau apprécié pour son confort et sa stabilité.
En 1936, ce « liner » subira quelques transformations. Au déclenchement de la guerre, il est réquisitionné à Liverpool et transformé en convoyeur de troupes. Sa capacité est d’environ 2000 soldats.
Les 23 traversées qu’il a effectuées depuis le débarquement ont permis de faire passer 50000 soldats entre l’Angleterre et la France.

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Le 24 décembre 1944, alors qu’il conduit 2235 hommes de la 66éme division US entre Southampton et Cherbourg, le sous-marin allemand U-486 attend le convoi.
Vers 18h00, il torpille le LEOPOLDVILLE. Les ordres se bousculent à bord et les hommes sont pris de panique. Le bateau flotte pendant 2h30 avant de couler.
Pourtant la lenteur des secours, en cette soirée de veille de Noël, est sans doute responsable du grand nombre de victimes: seuls 802 soldats, cinq matelots et le capitaine ont pu être sauvés.

Rédaction : Xavier GRELLIER